Le Directeur du team MMSP Dominique Serieys, vainqueur du Dakar en 1993 en tant que copilote du pilote français Bruno Saby, livre ses pensées à propos du prochain Dakar et les chances du team Repsol Mitsubishi Ralliart de remporter la course pour la huitième année consécutive ; un treizième sacre serait un record absolu.
Notre réussite jusqu’à présent crée une pression pour maintenir les niveaux élevés que nous avons atteints dans le passé. Mitsubishi participe au Dakar depuis 26 ans sans la moindre interruption, et nous totalisons sept victoires consécutives. Ce record parle de lui-même et est unique à ce niveau, dans le sport automobile toutes disciplines confondues. Mais mes sentiments sont mitigés pour l’édition 2008. En général, nous prenons le départ du Dakar en alignant une voiture qui est soit une évolution du modèle de l’année précédente, soit une toute nouvelle voiture, comme en 2007 avec les premiers pas du Mitsubishi Pajero Evolution MPR13. Mais pour ce Dakar à venir, la voiture est pratiquement identique à celle avec laquelle Stéphane Peterhansel a gagné le Dakar 2007. En plus de cela, la réglementation technique pour 2008 a elle aussi changé, nous obligeant à avoir dans le moteur un étrangleur d’air de 31 mm au lieu de celui de 32 mm mis en place pour la course de 2007. La nouvelle réglementation diffusée à peine fin avril 2007, nous a également contraints à passer d’une boîte éprouvée de six vitesses à une boîte cinq vitesses, que nous avons dû mettre au point et développer dans un délai très court.
Face à nos adversaires, je pense que nos handicaps techniques sur la voiture, suite à la réduction de performance, seront compensés par les compétences de nos pilotes. En fait, comme notre voiture a atteint le maximum de son potentiel de développement, nous avons concentré nos efforts pour la rendre aussi confortable et facile à conduire que possible, en travaillant sur la suspension, l’équilibre et la motricité. L’UAE Desert Challenge 2007 a révélé que l’ensemble était compétitif sur le terrain sablonneux et dans les dunes notamment, et cela est très encourageant pour les étapes mauritaniennes du Dakar. La fiabilité du MPR13 devrait également jouer un rôle décisif, je l’espère aussi.
Afin de surmonter le déséquilibre entre les catégories, nous avons cherché à préparer une stratégie globale, qui sera davantage axée sur la constance plutôt que sur la victoire d’étape. Cela passe par une approche disciplinaire, mais c’est un point que tous nos pilotes et chaque membre du team comprennent. Je pense que nos forces principales sont notre expérience et notre esprit d’équipe, et associées à cela la contribution enthousiaste de l’ensemble des collaborateurs, tant ceux basés à Pont de Vaux qu’au Japon.
La stabilité est un élément très important. Elle entraîne une relation de confiance mutuelle et vous permet d’impliquer plus étroitement les pilotes, à mesure que vous construisez et développez la voiture. Ils ne passent pas leur temps à se demander s’ils auront un contrat dans, disons, deux mois. En conséquence, ils sont plus engagés. Nous formons une équipe soudée, et cela est essentiel. Par ailleurs, nos pilotes sont complémentaires et très expérimentés. Trois d’entre eux se partagent six victoires sur le Dakar en voiture, tandis que Nani a gagné l’épreuve à moto, et possède maintenant l’expérience et la capacité sur quatre roues, pour apporter une contribution réelle à notre stratégie d’ensemble.
En complément de l’avantage indiscutable de garder nos équipages en forme dans cette discipline extrêmement exigeante sur le plan physique, l’entraînement forge et renforce les liens ; lorsque les membres du team doivent affronter les épreuves, l’esprit d’équipe est essentiel. Sur le plan de la préparation physique, nous suivons leur progression d’année en année. Le programme cette année a même franchi une étape supplémentaire, en intégrant une randonnée particulièrement dure autour du Mont Blanc. L’idée était de pousser les membres des équipages à leurs limites physiques et mentales dans un environnement extrême, et je dois dire qu’ils ont tous très bien surmonté cette épreuve. Le programme se poursuit avec des séances plus classiques en Catalogne, puis en Bretagne à mesure que le Dakar approche. Nani et Luc sont tous les deux très forts physiquement, tandis que Stéphane et Hiroshi sont constants et peuvent également compter sur leur force mentale. Cette combinaison d’ensemble pourrait bien s’avérer décisive cette année…
C’est presque devenu une tradition pour les organisateurs de marquer les dates phares en imaginant des épreuves particulièrement difficiles. Pour cette trentième édition du Dakar nous pouvons nous attendre, je pense, à un itinéraire de course très dur à travers le Maroc et la Mauritanie, même si les spéciales mauritaniennes représenteront le défi le plus difficile. Nos équipages et tous les membres de l’équipe sont très expérimentés. Cela constituera probablement un véritable avantage concurrentiel pour le Team Repsol Mitsubishi Ralliart, et la fiabilité du Pajero Evolution promet également d’être un grand point positif à notre actif. Toutefois, l’impact sur nos voitures à essence du changement lié à la nouvelle réglementation technique pour le Dakar 2008 signifie que nous devrons puiser au cœur de nos forces si nous voulons maintenir notre avance victorieuse.
Volkswagen aligne clairement des concurrents très forts, avec Sainz et de Villiers, et le team combine performances et compréhension du Dakar, qui s’accroîssent progressivement. Et je pense qu’il ne faut pas oublier BMW qui bénéficie du soutien de l’usine, d’un moteur puissant et de pilotes expérimentés. Et en aucun cas nous ne devrions sous-estimer Schlesser dont les buggies n’ont pas eu trop à pâtir des changements dans la réglementation.
Au risque de me répéter, notre expérience et notre esprit d’équipe sont deux de nos atouts majeurs. Le Dakar 2007 a montré une fois de plus que la constance est une priorité et qu’il ne s’agit pas nécessairement de réaliser des victoires d’étape. En plus de se positionner dans les voitures de tête, il faudra être régulier et fiable, deux facteurs déterminants pour gagner cette trentième édition.